L’hommage introspectif d »un collègue.
Alexandre NGUEMA BIBANG, quand le décès d’un enseignant interroge les conditions de vie et de travail des professionnels de l’éducation au Gabon!
Le décès soudain d’Alexandre NGUEMA BIBANG, enseignat d’Histoire – Géographie et Education à la Citoyenneté, survenu ce lundi 1ᵉʳ septembre 2025 devant ses élèves de 6ᵉ J au Lycée Paul Indjendje Ngondjout, a résonné comme un électrochoc national. Alexandre n’était plus qu’à un an de sa retraite. C’était un époux, un père, un grand-père, un homme profondément attaché à son métier. Le voir s’écrouler devant ses enfants en classe, impuissants et traumatisés, est une image que personne ne devrait accepter.
Deux autres enseignants disparaissaient également le même jour au CHUL :
– Olga Lisette Mokoko, enseignante d’Histoire-Géo au Lycée National Léon M’Ba,
– et Tite Meixant Maganga, professeur de Mathématiques à Lambaréné.
Trois éducateurs, trois serviteurs de la Nation partis en un laps de temps. Cette série noire dit quelque chose de grave. Elle dit que notre système éducatif fait souffrir ceux qui le portent à bout de bras.
📍Des classes surchargées qui épuisent les enseignants.
À Libreville comme à l’intérieur du pays, les enseignants travaillent dans des salles où l’on compte 40, 50, parfois plus de 60 élèves.
Comment enseigner sereinement dans ces conditions ?
Alexandre faisait face chaque jour à une classe semblable : un espace bruyant, suffocant, où la discipline devient une bataille permanente.
Ces effectifs pléthoriques ne sont pas un détail. Ce sont des conditions d’épuisement physique et nerveux, cumulées année après année.
📍Des salles de classe sans matériel, indignes d’un pays forestier.
L’un des faits les plus aberrants est l’absence, dans plusieurs établissements publics, des bureau pour les enseignants.
Comment un pays riche en ressources forestières peut-il laisser ses professeurs travailler debout toute la journée, sans un simple bureau, sans une chaise, parfois sans ventilateur et sans tableau en bon état ?
Alexandre, comme tant d’autres, passait la journée debout, à force de craie, dans des salles trop petites, trop chaudes et mal ventilées. Pour un homme de plus de 60 ans, cette réalité devient un risque physique permanent.
📍Une usure physique dangereuse, surtout pour les enseignants âgés.
À 61 ans, un professeur comme Alexandre NGUEMA BIBANG aurait dû bénéficier d’un allègement de charge ou simplement d’un environnement de travail adapté à son âge.
Au lieu de cela, il affrontait encore des classes bruyantes et surchargées, debout pendant des heures, sans aucun aménagement professionnel.
Ces conditions peuvent conduire à l’épuisement, aux malaises cardiaques, aux chutes de tension.
Ce qui est arrivé n’est pas un hasard. C’est le résultat d’années d’usure.
📍Des situations administratives qui pèsent lourdement sur les familles.
Au-delà du travail en classe, beaucoup d’enseignants vivent sous la pression :
– retards d’intégration et de titularisation,
– rappels salariaux impayés,
– avancements bloqués,
incertitudes administratives qui durent parfois des décennies.
Ces difficultés créent des tensions financières dans les foyers, fragilisent les couples, épuisent mentalement. Un enseignant ne peut pas donner le meilleur de lui-même dans une telle insécurité professionnelle.
📍Un métier sous pression psychologique permanente.
Les enseignants sont aujourd’hui exposés à :
– des incivilités croissantes,
– l’absence d’assistants éducatifs,
– une charge disciplinaire qui dépasse parfois celle de l’enseignement,
– l’accumulation de tâches non reconnues.
Beaucoup travaillent dans un état d’épuisement silencieux, faute de prise en charge psychologique ou de prévention des risques professionnels.
📍Une politique éducative plus communicante que transformative.
La douleur exprimée dans le texte initial est partagée par une large partie du corps enseignant :
le sentiment que la communication progresse plus vite que les réformes concrètes.
On inaugure des projets, on annonce des réformes, mais sur le terrain :
– les effectifs restent pléthoriques ;
– les infrastructures sont insuffisantes ;
– le matériel manque ;
– les enseignants travaillent dans des conditions indignes.
C’est cette contradiction qui nourrit la colère et le découragement.
Ce qui est arrivé à Alexandre NGUEMA BIBANG n’est pas une fatalité. C’est le miroir d’un système éducatif à bout de souffle, qui ne protège plus ses premiers acteurs. Sa mort nous oblige à regarder la vérité en face :
– Les enseignants gabonais sont en danger. Ils ne devraient pas être la « chair à canon » d’un système qui les use, les néglige et parfois les abandonne jusqu’à l’effondrement.
– Les enfants traumatisés de la 6ᵉ J du LPIG, les familles brisées, les collègues en larmes…
tout cela doit servir de réveil national.
Il est temps de mettre la #dignité, la #sécurité et la #santé de nos enseignants au centre des priorités.
Parce que sans eux, le Gabon n’a pas d’avenir.




