Analyse de Fabrice Guitrie

La transition ouverte le 30 août 2023 devait marquer une rupture avec des décennies de pratiques électorales contestées. L’élection couplée des députés et des conseillers locaux du 27 septembre 2025 devait en être la preuve. Au contraire, ce premier grand test démocratique a révélé les persistances d’un système que beaucoup espéraient révolu. Mais c’est plutôt des urnes confisquées, une transition en échec. Pourquoi donc avoir renversé Ali Bongo Ondimba et son système si c’est pour cautionner les mêmes conditions honteuses?

Des méthodes d’un autre temps et des promesses de rupture trahies

Sur le terrain, les observateurs ont constaté une série d’irrégularités :

Procurations massives et opaques, à Ndendé, par exemple, des procurations venues de Libreville auraient servi à faire élire le candidats UDB grâce à des électeurs importés la fameuse démocratie a été piétinée par cette mascarade électorale à la gabonaise.

Bureaux de vote verrouillés : la composition des bureaux aurait largement favorisé les proches du pouvoir, excluant de nombreux partis de la possibilité d’y placer leurs scrutateurs. Le deuxième arrondissement d’Owendo Jeanne Mbangou née Matsougou est loin d’être sur la même table que Hugues Mayombo même étant désormais membre de l’UDB est sans influence.

Transhumance électorale : des bus entiers de « mercenaires électoraux » ont été signalés, acheminant des votants vers des circonscriptions où ils n’ont aucun lien. Listes électorales viciées la présence de personnes décédées y reste fréquente, alimentant la suspicion de votes fictifs. De l’espoir à la désillusion. A-t-on besoin de donner un coup de main à son collègue ministre pour se faire élire ?

Ces dérives rappellent tristement les pratiques de l’ère Bongo que la transition prétendait dépasser. C’est un échec politique pour la transition, si certaines localités des procurations du camp UDB ont été acceptées pourquoi avoir refusé la même chose à Fougamou par exemple pour le PDG?

En intégrant de nombreuses figures de l’ancien Parti Démocratique Gabonais (PDG) dans son dispositif, le président de transition Brice Clotaire Oligui Nguema a nourri l’espoir d’un dialogue inclusif. Mais le déroulement du scrutin laisse penser qu’aucune réforme de fond n’a été mise en place pour garantir l’équité électorale.

Pour beaucoup, ce silence face aux fraudes accrédite l’idée d’une recherche de majorité parlementaire à tout prix, au détriment de la promesse de « dignité retrouvée ».

Un peuple désabusé

À Port-Gentil, le candidat indépendant Marc Ulrick Malekou évoque un taux d’abstention supérieur à 50 %, symptôme d’une population découragée par l’absence de compétition réelle. De Ndendé à Libreville, la même lassitude s’est exprimée, alimentant l’impression d’un pays qui n’a pas changé de logiciel politique.

Quelles perspectives ?

Ce scrutin, censé clore la transition, a plutôt révélé la faiblesse des contre-pouvoirs, incapables d’imposer un rapport de force ; la fragilité de la confiance citoyenne, essentielle à toute démocratie ; la nécessité urgente de réformes électorales : révision des listes, contrôle des procurations, neutralité des organes de gestion.

Sans une action rapide et crédible, la « libération » du 30 août 2023 risque de rester un simple mirage. Le Gabon, prévient l’adage, ne peut construire un avenir stable sur une victoire « construite sur du mensonge ». Les législatives et locales du 27 septembre 2025 en sont une illustration éclatante, la transition est, pour l’instant, bel et bien retournée à la case départ.

  1. Herman Immongault