La détentrice du portefeuille de l’entreprenariat et des PME/PMI, est confinée dans une caricature de « père Fouettard » par le réseau national des journalistes indépendants, Renaji, à la suite de la détention jugée arbitraire d’un de ses membres à la suite d’une plainte, initialement introduite pour délit de presse, par le membre du gouvernement.
Affaire Médard Tounda Youbi : deux mois et dix-huit jours de détention malgré une décision de liberté provisoire, le RENAJI demande des explications
Plus de deux mois et dix-huit jours après son placement en détention à la prison centrale de Libreville, le journaliste Médard Tounda Youbi, directeur de publication du média en ligne Youbi Infos Média, demeure incarcéré. Cette situation continue de susciter des interrogations au sein du Réseau national des journalistes indépendants (RENAJI), qui affirme que son membre avait pourtant bénéficié d’une décision de mise en liberté provisoire.
L’affaire trouve son origine dans une plainte déposée par la ministre du Commerce, des PME-PMI et de l’Entrepreneuriat des Jeunes, Zenaba Chaning Gninga. Avant cette procédure judiciaire, Médard Tounda Youbi avait joué un rôle majeur dans la campagne présidentielle d’avril 2025 en qualité de directeur de campagne de l’actuelle ministre.
Selon les informations rapportées par le RENAJI, une promesse lui aurait été faite avant la formation du gouvernement de la Cinquième République : celle d’occuper le poste de directeur de cabinet. Cette promesse n’aurait finalement pas été tenue. Lors d’une audience accordée à une délégation du RENAJI, la ministre aurait reconnu l’existence de cet engagement. À défaut, Médard Tounda Youbi avait été nommé chargé de missions, fonctions qu’il a exercées pendant plus de huit mois.
Au cours de cette même rencontre entre le RENAJI et la ministre, le réseau affirme qu’une conseillère technique, Claire Newman, aurait déclaré avoir encouragé la ministre à porter plainte contre son ancien collaborateur.
Dans cette affaire, les premières accusations retenues contre Médard Tounda Youbi étaient la diffamation, l’extorsion de fonds et le chantage. D’après le RENAJI, ces chefs d’accusation auraient été rejetés par le procureur de la République près le tribunal de première instance de Libreville.
Par la suite, l’enquête aurait été réorientée vers une nouvelle qualification de menaces par voie de fait, après l’exploitation du téléphone portable du journaliste par l’enquêteur Trousseau, agent de la brigade Nord du Gros-Bouquet. Des messages vocaux échangés entre Médard Tounda Youbi et un journaliste camerounais, présenté comme un proche ayant également participé à la campagne présidentielle de 2025 de Zenaba Gninga Chaning, auraient alors été versés au dossier.
Le président du RENAJI, Aimé Serge Boulingui, soutient toutefois que le juge d’instruction avait rejeté cette nouvelle qualification et avait ordonné une mise en liberté provisoire de Médard Tounda Youbi. Il affirme avoir personnellement assisté à cette décision avant de prendre des photographies de famille avec le journaliste aux alentours de 17 h 03, le jeudi 23 avril.
Selon le président du RENAJI, l’enquêteur Trousseau lui aurait lui-même confirmé que, malgré cette liberté provisoire, les investigations devaient se poursuivre au Gros-Bouquet. C’est d’ailleurs auprès de ce dernier que la famille aurait récupéré plusieurs effets personnels du journaliste, notamment son véhicule resté en stationnement dans les locaux de la brigade.
La famille ainsi que le RENAJI disent ne pas comprendre les circonstances ayant conduit au transfert de Médard Tounda Youbi vers la prison centrale de Libreville, alors qu’une décision de mise en liberté provisoire aurait, selon eux, été prononcée.
Autre élément relevé par les proches du journaliste : Médard Tounda Youbi aurait reçu instruction de rédiger une lettre d’excuses, démarche à laquelle il se serait conformé.
Par ailleurs, il ressort qu’il y a deux semaines, le journaliste avait de nouveau été auditionné. Dans la continuité de cette procédure, une confrontation avec la plaignante était annoncée quelques jours plus tard. Cependant, cette séance ne s’est, à ce jour, toujours pas tenue, sans qu’aucune explication officielle n’ait été fournie. Cette situation alimente davantage les interrogations, certains s’interrogeant sur les raisons d’une telle lenteur dans le traitement du dossier : s’agit-il d’un simple retard procédural ou d’une volonté délibérée de prolonger la détention du journaliste ?
Au regard de ces éléments, plusieurs observateurs estiment que Médard Tounda Youbi aurait dû recouvrer la liberté depuis la décision de mise en liberté provisoire évoquée par le RENAJI.
Le RENAJI appelle désormais à ce que toute la lumière soit faite sur cette procédure judiciaire, en particulier sur les raisons pour lesquelles une décision de mise en liberté provisoire n’aurait pas été suivie d’effet. Le réseau indique également que les photographies prises après l’audience du juge d’instruction constituent, selon lui, des éléments illustrant la réalité de cette décision de liberté provisoire et estime qu’elles méritent d’être examinées dans le cadre de la manifestation de la vérité.
À ce jour, Médard Tounda Youbi reste détenu à la prison centrale de Libreville, tandis que cette affaire continue de susciter de nombreuses réactions dans les milieux de la presse et de la société civile.
Source : RENAJI




